Chasse : La palombe est-elle 2.0 ?

Internet est omniprésent. Et avec les réseaux sociaux, les gens ont l'habitude de partager toutes leurs passions. Mais qu'en est-il des paloumayres ? Eléments de réponse.

13/10/2016 à 10:57 par Arnaud Truchet

Petit selfie à la palombière pour Jean-Marc « Petit Barbu » et ses compagnons. -
Petit selfie à la palombière pour Jean-Marc « Petit Barbu » (à droite) et ses compagnons.

La chasse à la palombe est, pour certains dans le département, une religion. A tel point qu’ils passent toutes leurs vacances dans leur palombière. Cette passion dévorante et donc très chronophage se retranscrit-elle dans le monde virtuel. Si l’on décompte un grand nombre de groupes Facebook, leur activité reste somme toute assez restreinte malgré plus de 2.000 membres.
Pour mieux comprendre l’impact d’Internet sur les paloumayres, nous sommes allés à la rencontre de Jean-Marc Saubois, dit « Petit barbu », qui est un des administrateurs du site Palombe.com, la référence de tous les paloumayres.

Internet, lieu d’apprentissage

« Petit Barbu » chasse dans une palombière près de Bourgougnague depuis plus de 20 ans. « Depuis que j’ai 18 ans, je n’ai jamais raté une saison », explique le paloumayre de 42 ans, qui a posé un mois de vacances cette année pour profiter de la palombière. Et depuis 2002, il fait partie de l’aventure du site Palombe.com. Le site qui compte 500 observateurs inscrits reçoit plus de 10.000 visites par jour « en période de chasse ».
Selon lui, les paloumayres « visitent principalement le site en fin de journée, à leur retour de la palombière. » Après une journée entière au plus près des palombes, leur soirée est souvent dédiée à leur passion. Le forum est un lieu d’échange sur les techniques de chasse et la page tribune permet de partager les observations de la journée.

« On retrouve plein d’astuces pratiques dans ce forum. Personnellement, je suis devenu un meilleur paloumayres grâce à Internet, qui est un formidable outil. J’ai notamment beaucoup progressé dans la compréhension des flux migratoires des palombes, ce qui permet de déterminer si elles vont passer dans notre zone. »

Il y a aussi une section recettes pour partager les bons petits plats car « toutes nos grands-mères sont quasiment mortes et ce ne sont pas nos femmes qui vont prendre la suite », explique Jean-Marc. Il y a également une page petites annonces mais sans aucune vente de gibier, car c’est interdit par la loi. Et enfin une page boutique avec des articles spécialement conçus pour les palombières.
En revanche, ce n’est pas l’endroit pour se vanter du bilan de sa journée.
« Mais même si c’est strictement interdit sur notre site, certains continuent de partager leur score (le nombre de palombes qu’ils ont tué dans la journée, ndlr) sur le forum, photos à l’appui. Malheureusement, tous ne suivent pas les règles de notre site », souffle Jean-Marc.

Facebook : zone de conflit

Et s’il est interdit de partager ses scores, cela est surtout pour éviter de choquer les non-chasseurs. D’ailleurs, les photos de palombes mortes pour prouver son score sont assez présentes sur Facebook. Un procédé qui a de quoi révolter et qui engendre d’interminables conflits.
« On remarque que dans les groupes de chasseurs de palombes, il y a également beaucoup de membres anti-chasse. Dès qu’une photo de se genre est publiée, c’est la foire d’empoigne qui commence. Les anti-chasse s’insurgent et les paloumayres répondent et on arrive vite à des pluies d’insultes qui fusent », détaille « Petit Barbu ». Comme sur de nombreux sujets sensibles sur les réseaux sociaux.
En revanche, chose plus surprenante au premier abord, les réseaux sociaux ne sont pas un vecteur de communication entre paloumayres. Cela s’explique par deux phénomènes : l’âge moyen des paloumayres et la situation des palombières. En effet, il est souvent difficile d’avoir du réseau dans ces cabanes, perdues au milieu des bois. « Et encore moins une connexion internet ! Quand on sait que certaines n’ont toujours pas l’électricité ! »
Les réseaux sociaux permettent ponctuellement de communiquer sur un événement, tel qu’un repas de fin de chasse mais pas plus. Les paloumayres se contentent d’échanger par téléphone, mais beaucoup, Jean-Marc y compris, regrettent le temps de la cibi (voir ci-dessous) où la communication était plus simple.

« La mort de la cibi, un drame »

C’est le grand combat de bon nombre de paloumayres. En effet, depuis 2008, la cibi a été strictement interdite comme moyen de communication entre chasseurs à la palombe. Une réglementation qui reste toujours en travers de la gorge de Jean-Marc Saubois. « Avant, la cibi était interdite pour se donner des informations de chasse, ce qui est normal. En revanche elle était tolérée pour qu’on puisse parler entre palombière. Et on émettait de Marmande à Bergerac ! »
Un moyen d’échanger simple et qui permettait d’assurer une bonne ambiance partout, même pour ceux qui étaient seuls dans leur palombière. « On se parlait, on plaisantait, on faisait sonner les verres pour l’apéro ! Ça mettait une bonne ambiance dans tout le secteur », regrette « Petit barbu ». 
Et selon lui, cela facilitait le travail des gardes-chasse. « Même eux pouvaient nous écouter et s’ils remarquaient que certains ne suivaient pas les règles, ils pouvaient simplement les identifier et les verbaliser. »
Un procédé gagnant-gagnant selon le paloumayre, qui regrette ces années et espère un retour de la cibi.

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